Dépasser l’arrogance et se révéler pleinement (septembre 2009) PDF Imprimer Envoyer
Jeudi, 15 Octobre 2009 15:19

Extrait de Cap sur la paix n° 815, 14 septembre 2009, p. 3
Par C. Elie

« Pire que tout autre crime est celui de l’ingratitude. »[1] Ces mots de Sénèque, qui peuvent paraître au premier abord sévères, nous invitent à nous interroger sérieusement sur l’apparition de l’arrogance dans notre cœur. Comment reconnaître ce « poison » lorsqu’il agit dans nos vies ? Et comment profondément ancrer en nous son « antidote », qui est l’esprit de reconnaissance, afin de mener une vie heureuse ?


Lorsque l’on progresse et que peu à peu on manifeste des qualités ou des résultats tangibles dans notre vie, nous pouvons tomber dans le piège de l’arrogance, en devenant imbu de soi. Dans un chapitre de La Sagesse du Sûtra du Lotus, dédié à cette thématique, cette attitude y est décrite comme celle d’une personne qui se ment à elle-même. Elle ne parvient pas à être honnête, trop centrée sur l’image qu’elle a d’elle-même et sur son désir de perfection. Sans peut-être s’en rendre compte, cette personne devient « une personne déloyale qui cache ses sentiments tout en se prétendant loyale […] ou en paraissant humble. »[2]

Cette illusion coupe une personne de sa véritable identité. Parce qu’elle ne supporte pas ses faiblesses, elle ne peut pas être pleinement elle-même et donc heureuse. « Les personnes qui se trouvent dans l’état de colère ont toujours le cœur empli de peur, peur que leur véritable nature ne soit mise à jour. […] En revanche, celui qui a un cœur de lion ne connaît pas la peur. C’est parce qu’une personne de ce genre se préoccupe moins de se protéger elle-même que de protéger la loi et les autres. »[3]


Une vie fondée sur la reconnaissance envers son maître

En évoquant sa jeunesse et la période qui a suivi la mort de Josei Toda, Daisaku Ikeda relate cette époque troublée et les événements qu’il a dû affronter. De nombreuses personnes, qui paraissaient au départ sincèrement motivées pour le bonheur de l’humanité, ont alors abandonné leur maître Josei Toda et se sont même retournées contre lui. Elles avaient oublié leur promesse de contribuer au bonheur des autres et le soutien qu’elles avaient reçu jusqu’alors.

À ce moment crucial, Daisaku Ikeda a fait preuve d’un courage profond en continuant d’avancer pour le bonheur des autres, tout en résistant à l’adversité. Qu’est-ce qui lui a permis de manifester ce courage et de tout surmonter ? C’est la profonde reconnaissance qu’il éprouvait envers son maître, et plus largement envers les personnes ordinaires, qui a nourri son désir de contribuer au bonheur du peuple. « Depuis ma jeunesse, j’ai toujours su que croire dans le Gohonzon, la Loi merveilleuse, et en mon maître spirituel, avec un cœur pur et intact, correspondait à l’esprit Soka. M. Toda, avec qui j’ai travaillé, m’a aussi donné des cours à ce que je nomme l’"Université Toda". Je suis ce que je suis grâce à cet enseignement et, tout au long de ma vie, je me suis engagé à m’acquitter de ma dette de reconnaissance. »[4]

Nous ne devons pas nous laisser tromper par les apparences. À l’avenir, nous serons nous-mêmes peut-être confronté à de tels troubles. Quelle sera alors notre attitude au moment crucial ? Est-ce que nous ferons partie de ces personnes écrasées par la peur ? « Les personnes lâches et les égoïstes sont prêtes à fuir au premier signe de danger, pour s’en sortir indemnes. La nature humaine est ainsi faite, mais un disciple sincère n’agit pas de la sorte. »[5] Au contraire, une personne qui fonde ses actions sur l’esprit de reconnaissance peut manifester un courage intrépide, et agir comme un lion pour ce qui est juste, même si elle est abandonnée de tous.


La force motrice de la gratitude nous rend forts et joyeux

Sans une lutte sincère pour nous libérer de l’illusion d’être meilleur que les autres, nous sommes attachés à une vision déformée de nous-mêmes. Dans cet état, l’orgueil nous rend prisonnier d’une forme d’étroitesse d’esprit, de conformisme ou d’attachement à l’apparence. Pour accéder au bonheur, il est vital de rechercher et de manifester joyeusement notre véritable caractère, en harmonie avec les autres et avec le rythme de la vie.

L’esprit de remercier notre environnement est source de joie et d’harmonie. Cultiver la reconnaissance envers notre famille, les dirigeants de notre société, nous rend joyeux et fort. Ainsi, nous sommes libres d’agir encore plus en faveur de ce qui est juste et de distinguer clairement le bien du mal. « Dans la vie comme en bouddhisme, avoir un professeur ou un maître spirituel peut être une formidable source de développement. Rencontrer un maître dans la foi, répondre à son vœu, agir à ses côtés et s’inspirer de son courage et de sa sagesse sont autant d’occasions pour dépasser les limites de son petit ego. C’est la force motrice pour gagner qui nous permet de construire un soi plus fort et plus ouvert. »[6]

Alors, nous pouvons les partager joyeusement avec les autres, et contribuer dans tous nos aspects au bonheur de notre environnement. En devenant heureux et victorieux dans les sphères de notre choix, nous incarnons cette personne qui peut « protéger son maître par ses propres actions. »[7]

 


[1] Sénèque, Moral Essays, in Senaca in ten volumes, Cambridge, Massachussetts, Harvard University Press, 1989, vol. 3, p. 33.

[2] La Sagesse du Sûtra du Lotus, vol. 3, entretiens avec D. Ikeda, ACEP, p. 253.

[3] D&E, septembre 2008, p. 26.

[4] D&E, sept 2008, p. 26.

[5] Ibid., p. 35.

[6] D&E, déc. 2008, p. 26.

[7] D&E, nov. 2008, p. 59.

Mis à jour ( Lundi, 06 Juin 2011 19:23 )